Trou noir, par Gerd Altmann de Pixabay

Une envie sourde

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Une envie sourde, un pressentiment vague, le ventre qui ne s’ouvre plus mais qui demande à être rempli, la poitrine qui se soulève comme en vain, les yeux clignent, ouverts/fermés, deux faces d’un même corps, dehors/dedans, le ventre pique de l’intérieur et appelle une réponse. Immense le ciel, immense le vide qui papillonne au fond du ventre, qui chatouille doucement la peau de l’intérieur, qui ne chauffe plus mais dorénavant lèche, caresse, couvre délicieusement de baisers, de mots, de mots-baisers, parle-moi, mords-moi peut-être, mais sois là. Inspire moi, je veux que tu m’inspires, c’est toi à présent, mon ventre fait corps, projeté au dehors, tes mots claquent et se dispersent mais touchent au cœur, cœur qui ne bat plus que doucement, le ventre s’est tu, ou plutôt s’est mué en cœur qui résonne doucement maintenant, qui bat et qui ouvre/ferme au rythme des paupières, deux corps en un, deux faces liées par la peau, cette même peau qui te réclame et que tu caresses.

Voilà, tout ce que tu vas entendre, peut-être, a été écrit à divers endroits, en divers moments, mais toujours dans ce même état.

Ce sont des petites choses qui m’ont aidée, disons, non pas à avancer (parce que je ne suis jamais allée nulle part), mais du moins à persister. 

A persister, oui, c’est le bon mot. 

Tout ça provient d’un sentiment diffus de devoir sortir quelque chose, sans que ça ne résonne jamais que dans le vide. C’est comme ça que je ressens mon rapport au monde en général, comme un truc qui pédale dans le vide ou dans la semoule, qui ne soulève même pas d’air, juste des bruissements ou une cacophonie, peu importe, mais quelque chose qui ne marque que mon corps ou ma mémoire, encore que. J’ai besoin d’une trace, de quelque chose qui se passe entre la main et la page, puisque même quand ma main touche ou caresse ou même frappe je ne parviens pas à avoir une sensation de réalité suffisante pour avoir l’impression d’être permanente, persistante dans le temps, cohérente et bien établie. Les mots que je prononce ou que j’entends, les trucs auxquels je réfléchis, les trucs qui m’arrivent, ne font que glisser, c’est ce glissement que je travaille, c’est ce glissement qui s’imprime et s’entrelace sur la feuille, n’importe quelle feuille, du moment qu’elle reçoit de l’encre. 

J’essaie de faire des gens ma feuille, mais les gens, ça ne reçoit pas d’encre. Les gens ne sont pas des pages blanches. Alors, je ne sais pas leur parler. 

J’aimerais être de l’encre, oh ça j’aimerais. 

Paradoxalement, les gens ne sont pas vides, le vide, ce n’est pas celui des gens, oh non. 

Oh ! au contraire, les gens sont pleins, ils sont pleins de choses, tellement qu’il n’y a pas de place pour moi. Je me suis abîmée à faire de la place en moi pour tout ça, pour tous ceux qui m’ont côtoyée, pour leurs rages, leurs mots, leurs douleurs, leurs caresses, mais au final personne n’entre, parce que tout le monde s’illusionne et se heurte à la surface, personne ne voit que je suis vraiment belle quand je suis vide. 

Si j’ai pleuré lorsque j’ai lu le passage de ton livre sur la télé cassée, c’est parce que j’ai lu des mots qui parlent de ce vide que je m’évertue à essayer de décrire quand j’écris, et que peut-être j’ai creusé un peu plus à chaque page. 

Ce qui persiste alors, c’est l’envie de creuser. 

L’une des tombes a été écrite à ton intention, plusieurs mêmes. Tu sais pourquoi ? Parce qu’en étant avec toi, j’avais entendu résonner quelque chose, et quand ça résonne, c’est qu’il n’y a rien. Rien qu’une page blanche. Le trou noir dont tu parles, je ne sais pas ce que c’est. Je ne peux que le traduire dans ma poésie à moi. Dans mon tourbillon à moi, le trou noir c’est ce qui fait résonner. C’est le vide que je creuse en moi-même, c’est le vide que je suis quand j’essaie d’écrire, qui ne laisse plus que la peau. 

La douche froide, si je l’avais prise à la lettre, elle aurait signifié la fin. C’est ça, le sens de la déception que tu vas entendre, dont je parle au fond de cette tombe. Parce que je tourne en boucle, depuis toujours. Et cette douche froide, ces mots, cette organisation dans le récit, c’aurait été le signe que non, que j’ai beau tourner en boucle, je me heurterai toujours à quelque chose. Et que ce quelque chose, ce soit toi, ça m’aurait tué. 

Bref, écoute-moi, et à tous moments j’aurai l’impression de te parler. Et si ça résonne en toi, d’une quelconque manière que ce soit, alors même si c’est triste, c’est beau. 

En voici l’introduction. Introduction un peu facile, un peu artificielle, un semblant d’organisation et de sens, mais qu’il faut prendre comme un ensemble de petites danses, de petits tourbillons. 

Profil Mademoiselle A.
Mademoiselle A.

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