Communication lors du séminaire « Les aspects concrets de la thèse » destiné aux étudiants de Master de l’Université Paris 8.
La première chose que je puis vous assurer est que dès lors qu’on affirme être thésard, on s’expose à une question simple mais potentiellement fatale : je cite « quel est ton sujet de thèse ? » ou « sur quoi tu travailles ? ».
Si j’ai donc un premier conseil à donner, c’est d’être capable de résumer son sujet en quelques mots, parce qu’il va vous suivre un certain temps, et en quelque sorte faire partie de votre identité de doctorant. Le meilleur indicateur de la réussite de cet exercice réside dans la capacité de vos interlocuteurs à résumer votre propre sujet, comme viennent de le faire mes hôtes. Je conseille d’une manière générale de s’entraîner à résumer son sujet et celui des autres, car c’est une capacité qu’il est bon d’acquérir dans le milieu de la recherche, notamment lorsqu’on vous demande d’être répondant dans un colloque ou un séminaire.
Je suis comme l’ont dit Elodie et Katja en thèse de philosophie, et je travaille en épistémologie de la psychiatrie et de la médecine sur l’histoire de la sexualité. Mes recherches portent sur les problématisations médicales de la sexualité sur le long 19e siècle, qui va des années 1790 aux années 1910. Je tente de déterminer quelles sont les conditions de possibilité de la constitution de la sexualité comme problème médical. J’essaie donc de déterminer les règles qui régissent, entre 1790 et 1910, ce que la médecine et la psychiatrie disent et peuvent dire de la sexualité, dans la mesure où la sexualité pose problème, et ce, avant l’émergence de la sexologie et de la psychanalyse. Mon choix méthodologique est celui d’une analyse comparative : au sein de mon corpus, j’ai isolé deux types de problématisation de la sexualité, ou deux modèles épistémologiques. Ces deux modèles sont épistémologiquement différents, c’est-à-dire qu’ils rendent chacun possibles deux types de théories, de concepts, d’énoncés sur la sexualité, que je commence par présenter dans leurs spécificités et dont je compare le fonctionnement. 2 minutes.
Je travaille donc essentiellement sur des textes médicaux et psychiatriques académiques publiés, pas sur des archives ni du matériel iconographique. Mon sujet comporte donc des particularités qui ne concerne pas tout le monde ici, puisque je sais que vous travaillez sur des matériaux et sources différents posant des questions et des problèmes méthodologiques propres, cinéma, phénomènes sociaux, etc., sur lesquels je n’ai par ailleurs aucune compétence. Même si tout est intéressant dans l’absolu, j’ai axé ce que je vais vous dire aujourd’hui sur ce qui pourra intéresser tout le monde.
J’ai divisé mon propos en trois temps : une première partie concerne l’aspect technique du doctorat, c’est-à-dire le choix d’un directeur de recherche, la postulation aux bourses, la vie de laboratoire, etc. ; je propose ensuite une mise au point sur ce que j’appelle la sociabilité du chercheur ; la troisième partie concerne la manière de travailler en doctorat, ou du moins propose quelques principes et réflexions sur la méthodologie de recherche de doctorat. Telles que j’ai prévu les choses, je devrais pouvoir vous parler une grosse trentaine de minutes. 3 minutes
1° Le laboratoire, le directeur, les bourses.
Une première chose à souligner, c’est que ma thèse est une continuation de mon sujet de master, et que mon directeur de thèse a également dirigé mon mémoire de master. Ma rencontre avec mon sujet de thèse, si je puis m’exprimer ainsi, est à l’origine un hasard qui s’est finalement transformé en un bon choix stratégique. C’est un hasard, ou disons une curiosité, qui m’a poussée il y a à présent 6 ans à choisir un texte qui s’appelle la Psychopathia sexualis dans une liste d’ouvrages à commenter pour la validation d’un cours de master 1. La Psychopathia sexualis est un classique de psychopathologie sexuelle de la fin du 19e siècle, qui est rapidement devenu mon sujet principal de recherche, et je l’ai étudié deux ans durant, pour élargir ensuite les questions que ce travail m’a permis de poser ou de laisser en suspend à un corpus plus large.
Mon parcours personnel ne saurait être un exemple a priori, mais continuer ou élargir des recherches déjà initiées en master a plusieurs atouts. C’est tout d’abord est rassurant, parce qu’on a moins l’impression de sauter dans le vide, et de se lancer vers trois ou quatre ans de recherche sans filet.
Mais c’est surtout une option qui se révèle profitable pour la constitution d’un projet de thèse, qui vous est demandé à l’inscription, et plus encore dans les dossiers de demande de bourse, où c’est précisément la faisabilité du projet qui est en jeu. 4 minutes. Concernant les bourses, on ne va pas se mentir, et croire en la méritocratie absolue à l’université : les attributions de bourses dépendent de nombreux paramètres, et pas uniquement de la qualité de votre projet. J’ai moi-même obtenu ma bourse suite à un concours de circonstances assez miraculeux, dont je pourrai parler pendant la discussion.
Il existe beaucoup de moyens de financement pour conduire un doctorat.
Ma bourse est un contrat doctoral, c’est-à-dire un CDD de droit public, de 3 ans non renouvelables. Je suis payée sur un budget alloué par l’État à mon école doctorale. Outre ce type de contrat, il existe divers moyens de financement : des bourses internationales, proposées par des universités étrangères qui vous demandent la plupart du temps de travailler sur un sujet déterminé, s’inscrivant dans les recherches des équipes sur place. De la même manière, il existe des bourses correspondant à un appel d’offre dans un secteur, par exemple les offres DIM (domaine d’intérêt majeur) au niveau de la région, à laquelle appartient l’Institut Emilie Duchâtelet pour les recherches sur le genre. Il existe enfin les bourses dites CIFRE, ou Convention industrielle de formation par la recherche, qui consistent comme leur nom l’indique à travailler dans une entreprise qui vous paie pour réaliser une thèse en rapport avec son activité, et qui peuvent être particulièrement intéressantes pour les chercheurs en sciences sociales.
Pour la postulation à toutes ces bourses, vous devez donc pouvoir présenter un projet de recherche solide, qui, concrètement, donne envie à l’université, à l’institut ou à l’entreprise de miser sur vous. La plupart des demandes de bourses passent par l’examen de votre dossier, dont le projet de thèse est donc une pièce essentielle, et certaines commissions organisent des entretiens, où vous devez vous défendre. C’est ce qui m’est arrivé, et j’avais 7 minutes. Autant dire qu’il faut, je le répète, être capable de présenter efficacement son sujet de thèse.
Les dates de postulation aux bourses nécessitent, j’insiste, d’avoir un sujet de thèse très tôt, et impliquent de rendre son mémoire en juin plutôt qu’en septembre, afin d’avoir son diplôme de master le plus tôt possible. 6 minutes. Les dates de postulation sont particulières à chaque institut ou université, mais sachez que cela va du mois de janvier (ce qui correspond au début du second semestre !) à mai. Ce n’est donc pas encore fini qu’il faut déjà avoir la tête ailleurs, et cela n’ira pas en s’arrangeant.
Si elle n’est pas le seul élément en jeu, la qualité du projet reste bien entendu un paramètre important. Ce qui est évalué, c’est votre capacité à montrer non seulement que votre sujet est intéressant, ce dont personne ne doute (à part vous), mais surtout qu’il est idéalement réalisable en trois ans. Il faut donc qu’il soit (ou donne l’impression d’être) construit, problématisé, précis, et en un mot : un minimum balisé. On ne vous demande pas de savoir ce que vous allez dire avant même de l’avoir dit, mais de savoir au moins dans quelles directions chercher. Parfois les écoles doctorales conservent les projets de thèse déposés dans leur bureau et ayant obtenu une bourse, que vous pouvez consulter.
Qu’est-ce qui vaut pour un bon projet de thèse ? Je donne ici quelques éléments, que j’ai appliqué et qui ont été payants, au double sens du terme.
Premièrement : un titre précis. Il faut qu’à la lecture du titre on puisse identifier votre projet : une périodisation, un corpus, une problématisation même succincte. La longueur du titre de ma thèse, par exemple, est une conséquence de la précision à laquelle je me suis astreinte, qui vaut mieux que le très général « la sexualité dans la médecine », par exemple.
Deuxièmement, bien entendu, une problématique ou un faisceau de problématiques, même assumés comme provisoires. La ou les problématiques choisies font état d’un questionnement particulier et propre auquel la thèse permettra de répondre, ou d’un problème que la thèse permettra de clarifier.
Troisièmement, un corpus ou un terrain ainsi qu’un ensemble de textes de références ou bibliographie. Vous allez en effet travailler sur ou à partir de quelque chose, qui doit être précisé : un ensemble de films, d’images, de textes, un terrain, ou tout à la fois. Il faut expliquer en quoi ils permettent de poser la question de départ, et en quoi vous estimez que leur analyse dans une certaine perspective permet de clarifier ou résoudre un problème. La bibliographie est quant à elle un art, et elle consiste essentiellement à situer votre réflexion au sein d’un champ de recherche.
Enfin, très important : un programme de travail prévisionnel. Ce dernier aspect n’est pas à négliger : il faut déterminer la manière dont vous allez travailler, par exemple, s’il s’agit d’un terrain : identifier ce terrain, dire comment vous le constituez, que vous allez prendre contact avec tels et tels acteurs dans telles conditions, analyser ensuite les données recueillies, etc.
La plus mauvaise impression que peut donner un projet de thèse est l’éparpillement, la trop grande généralité et le manque d’assurance. Faites donc attention aux livres ou articles que vous lisez : ils sont tous à peu près structurés sur ce modèle. Prenez-en donc note.
Le Directeur
La deuxième raison qui doit vous motiver à écrire un projet de thèse viable est que vous devez, vous le savez sans doute, vous inscrire à l’université supervisé par un directeur ou une directrice de recherche, personnage ô combien important pour la suite. Le choix du directeur de recherche est à la fois personnel et stratégique. Il est certes plus agréable de s’entendre avec son directeur, ce qui est globalement mon cas, et d’entretenir de bonnes relations avec lui. Mais de manière tout à fait pragmatique, votre directeur est la personne qui va vous introduire auprès d’untel en vous présentant comme « son étudiant », qui va vous proposer à des colloques, vous écrire des lettres de recommandation, vous tenir en lien avec des opportunités d’intervention, de publications, de traductions ; bref c’est un soutien académique indispensable.
Pour toutes ces raisons il est essentiel qu’il comprenne et soutienne vos recherches.
Parce que j’ai bien conscience de dresser un portrait peu joyeux de la question, je conclue en rappelant qu’on peut aussi tout simplement se demander avec qui l’on a envie de travailler. 10 minutes
Sur ce point, j’aurais simplement un petit conseil, provenant d’une analyse personnelle que je vous livre. Au moment du choix du directeur, on se pose foncièrement deux questions : qui puis-je intéresser, moi jeune padawan, et à quel chercheur je m’identifie le plus ? Ce qu’on peut répondre, c’est que premièrement, vos recherches intéresseront forcément quelqu’un ; que deuxièmement, il existe bien entendu un chercheur dont vous lisez les travaux avec avidité et inspiration ; mais que troisièmement, il est malheureusement fort peu probable que ce soit la même personne. Je dis malheureusement, mais au fond je crois que c’est plutôt souhaitable. La relation avec son directeur de recherche doit en effet, à mon sens, être établie et construite à bonne distance : ni trop près, ni trop loin. Le conseil, donc, que je vous livre, est que le bon choix ne consiste pas forcément à travailler avec un directeur qui soit un spécialiste de son domaine ou de son propre sujet. Ce peut être un plus, dans la mesure où il sera plus à même de vous comprendre, de vous aiguiller, de vous relire et de vous corriger. Mais il me semble que ce peut être un handicap, et j’en ai eu des exemples, parce que son droit de regard et sa fonction de guide peut se transformer en véritable tyrannie, le directeur s’appropriant votre thèse en estimant qu’elle est une prolongation de ses propres travaux, ou au contraire que vos recherches entrent en contradiction avec les siennes. Il existe en fait un argument de taille en faveur de cette idée que le directeur ne doit pas être un spécialiste dans votre champ : c’est que l’indispensable travail critique de la littérature existante vous fera forcément croiser son nom, et vous aurez à ce moment là du mal à choisir entre le respect béat et la critique acerbe. Ni l’un ni l’autre ne vous seront à mon sens profitables, ni intellectuellement ni stratégiquement.
Un directeur de recherche est en fait à la fois un mentor académique et un pair, d’où la position difficile du doctorant. En effet, il reste une sorte de supérieur qui a pouvoir de valider ou non vos recherches, mais il est en même temps un chercheur lui-même, et en vous inscrivant en thèse vous intégrez la communauté des chercheurs au même titre que lui. La bonne distance à trouver consiste donc à s’assurer de pouvoir travailler à peu près librement, tout en bénéficiant de conseils et d’orientations.
Le Laboratoire.
Le choix du directeur de recherche est aussi lié au choix d’un laboratoire de rattachement, qui n’est en fait pas un choix, puisque l’on est automatiquement rattaché au labo de son directeur.
Concernant la question des laboratoires, il se peut que vous épousiez parfaitement ses axes de recherche, comme il se peut que vous vous y trouviez bien seul. 12 minutes
Je suis pour ma part rattachée à un centre de recherche de philosophie contemporaine, qui s’appelle Phico, à Paris 1. C’est un centre de recherche assez complet, qui cumule plus qu’il ne conjugue malheureusement diverses approches contemporaines en philosophie. Les axes de recherche de mon laboratoire sont cependant très loin de mes intérêts académiques et intellectuels. Mon approche comporte une majeure d’histoire des sciences, une mineure de philosophie post-moderne (je travaille sur Michel Foucault), et un intérêt personnel pour l’histoire de la sexualité telle qu’elle est conduite dans les travaux actuels en histoire culturelle, et en Gender, Gay, Lesbian et Queer Studies. Ces derniers axes de recherches ne sont malheureusement pas légion au sein de la philosophie académique française, et je me retrouve à peu près isolée quant à mes thèmes de recherche. Mon directeur de recherche est un spécialiste en histoire de la médecine, et c’est pour cette raison que je l’ai choisi. S’il appuie et comprend mes choix méthodologiques, il n’est cependant pas spécialement au fait des gender studies et se fiche de la sexualité. 13 minutes. Est-ce un mal ? Bien au contraire : il vaut mieux, je pense, partager une même perspective sur des objets différents plutôt que d’adopter des perspectives différentes et contradictoires sur un même objet, ce qui sera source de désaccords profonds.
Concernant mon objet, la sexualité, je dirais que je n’ai pour l’instant aucun problème de divergences de point de vue : je suis la seule de mon laboratoire à travailler en thèse sur ce sujet. La plupart des chercheurs travaillant sur la sexualité dans ma perspective avec qui je suis en contact sont tous à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, ou s’ils sont en France, ne sont pas forcément dans le circuit de la recherche académique en philosophie. Par ailleurs, mes thématiques et ma perspective de recherche reçoivent plus d’écho au sein de centres de recherche de sciences sociales, de littérature ou d’études culturelles. Cependant c’est en philosophie que j’ai choisi de poursuivre mes recherches, principalement parce que j’ai une formation exclusivement philosophique, mais aussi parce que c’est la perspective que je préfère pour parler de mon objet. L’effet pervers de ce double choix est que j’ai du mal à assumer mon travail devant mes pairs, et je me suis au début mis en tête d’en minorer les aspects politiques et éthiques pour insister sur son aspect philosophique académique. Mes deux premières communications devant les membres de mon laboratoire ont en fait été pensées pour justifier de ma présence dans une unité de philosophie, et furent d’ailleurs assez bien accueillies. J’y insistais sur les problèmes méthodologiques que je rencontre et sur ma connaissance de Michel Foucault. Au moment des questions, une amie présente dans la salle m’a malicieusement interpelée : elle m’a dit, d’accord, mais toi, qu’est-ce qui t’intéresse dans tes recherches ? J’ai pu ainsi saisir cette perche et parler du cœur de mes travaux, qui concerne plutôt la problématisation médicale du fétichisme des chaussettes sales que Michel Foucault à proprement parler, ce qui a à la fois amusé et ravi la salle. La morale de cette expérience est qu’une thèse est comme une tenue vestimentaire extravagante : elle doit s’assumer, au risque de sonner faux. Travailler trois, quatre ou cinq années sur un sujet que l’on a soi-même délimité et problématisé ne peut se faire que si on se l’approprie, de sorte qu’il ne ressemble à aucun autre. L’expérience de thèse est particulière à chacun et chacune, et la relation que les doctorants entretiennent avec leur sujet de thèse pourrait très bien faire l’objet d’une séance de ce séminaire.
Pour conclure, la raison pour laquelle il est indispensable de rester en contact étroit avec son laboratoire, c’est que l’organisation d’activités y est collective, en termes à la fois logistiques, académiques et intellectuels : lorsque vous organisez des séminaires avec des collègues doctorants ou professeurs, il faut effectuer des demandes administratives, pour l’attribution de salles, il faut diffuser l’information, mais aussi organiser concrètement les séances, c’est-à-dire contacter les intervenants, s’assurer de leur disponibilité, distribuer les rôles, etc. C’est clairement de l’organisation évènementielle, compétence surprenante pour un chercheur, mais très réelle. La recherche est une véritable activité, qui n’est pas du tout contemplative mais consiste réellement en des interactions entre chercheurs. Cet aspect de la question m’amène à ce que je propose d’appeler la sociabilité du chercheur. 16 minutes.
2 : La sociabilité du chercheur
Une chose à savoir et à souvent se remémorer est que les informations ne viendront pas à vous, c’est à vous d’aller les chercher. Il faut conséquemment savoir où les trouver. C’est un moyen sauvage de trier les candidats : ceux qui savent où regarder, à qui s’adresser, seront forcément mieux armés que ceux qui sont totalement perdus. Et le fait est qu’on se demande si parfois l’université ne fait pas tout pour qu’on le soit, perdu. Concernant cet aspect, l’organisation de ce séminaire est donc réellement une merveilleuse chose. Il décloisonne les frontières illusoires qui existeraient entre étudiants de master et doctorants, qui pourtant fréquentent les mêmes couloirs et s’assoient sur les mêmes chaises. Deuxièmement, il fait un sort à la véritable rétention d’informations qui parfois existe au sein de la recherche.
Ce que j’appelle la sociabilité du chercheur est néanmoins possible et même indispensable. Cela consiste à se tenir au courant de ce qui se passe dans notre champ, sur le sujet qu’on traite, au sein de notre laboratoire, mais aussi plus généralement à se tenir au courant de ce qu’on peut appeler l’actualité de la recherche.
Il existe en effet un aspect presque journalistique de la recherche, qui consiste à être au fait de ce qui se produit, pour pouvoir être à l’initiative de ce qui se produira : des colloques organisés, des thématiques des équipes, des nominations de professeurs dans certaines unités de recherche, des programmes et projets lancés, des publications, etc. Premièrement, parce que ces séminaires, livres, projets ou colloques, pourraient nous intéresser, en tant qu’auditeur ou participant ; deuxièmement, parce qu’il faut dans la mesure du possible maîtriser son champ et son environnement de recherche, qui constituent l’élément au sein duquel vous êtes censés évoluer professionnellement et intellectuellement.
Il faut donc consulter le plus souvent possible les listes de diffusion, les sites qui recensent les divers appels à contribution, colloques, séminaires, auxquels il n’est pas inutile de consacrer une demi heure à une heure par jour. Ces listes peuvent être générales, ou sont particulières à chaque domaine. Vous pouvez taper « votre thème + liste de diffusion » ou vous abonner aux fils RSS des sites de référence. J’ai pensé vous amener des photocopies avec les liens importants, mais il est plus pratique de cliquer que de recopier une adresse internet. Je vous enverrai donc un document qui recense un ensemble de liens utiles de ce genre, si cela vous intéresse.
Au niveau du centre de recherches, il y a un ensemble d’évènements pour lesquels un acte présence est requis : le ou les séminaires de votre directeur, les réunions de rentrée ou les assemblées générales. Ce ne sont pas des obligations sauf mention expresse, mais c’est comme qui dirait le minimum syndical. Le truc, c’est qu’il faut qu’on vous voie, qu’on vous connaisse, et qu’on vous situe. Un centre de recherche n’est pas un simple rattachement institutionnel : c’est une plaque tournante de la recherche, un véritable « show business », où l’on « deale » des contacts et des informations. S’il y a une actualité dont il faut être au courant, c’est donc d’abord celle de son propre laboratoire. Ceci peut dépendre des caractères et des aspirations (et sans doute aussi des centres de recherche, qui peuvent être plus ou moins attractifs), de l’éloignement géographique mais plus encore d’un paramètre que le doctorat a du mal à intégrer en France : celui du salariat en plus du doctorat. Je ne pourrai pas vous en parler, parce que je suis moi-même financée par l’université, ce qui est un avantage incommensurable. Mais le fait est qu’une réforme du doctorat français est en cours, qui va dans le sens d’une séparation nette entre les doctorants, futurs chercheurs, et le reste de la population. Il s’agit avec cette réforme d’une revalorisation du doctorat, certes, puisqu’il deviendra professionnalisant, mais cela implique à terme que les seuls à pouvoir conduire une thèse seront les étudiants financés dont on sait qu’ils continueront dans la recherche, ce qui n’est pas du tout aujourd’hui systématique. C’est pour le moment en discussion, et je ne pense pas que ceux qui se lanceront l’année prochaine dans une thèse seront concernés. Mais il faut le savoir ! 21 minutes
***La présence et l’activité ne doivent pas être conçues comme des obligations liées au contrôle continu : la vie d’un laboratoire est avant tout assurée par les activités qui y sont organisées, et ces activités peuvent tout à fait être mises en place par des doctorants. Mon laboratoire vit d’ailleurs essentiellement de séminaires de doctorants. Concernant les laboratoires, à la différence des UFR, après cela dépend de la taille du laboratoire, on observe deux phénomènes contemporains : d’une part, un éclatement et un éparpillement de la masse des étudiants, ce qui rend les interactions assez rares puisque non obligatoires ; et d’autre part, la constitution de noyaux ou de groupes de doctorants qui se soudent par le biais de listes internes, et qui sont pour la plupart à l’origine d’activités au sein du laboratoire, groupe auquel il vaut mieux s’intégrer plutôt que de faire bande à part. Sans doute les petites équipes sont-elles à l’abri de ce genre de calcul, mais mon laboratoire recense plus d’une centaine de doctorants en 2012, travaillant tous sur des sujets extrêmement différents, et dont les situations varient de même. La professionnalisation et la formation à la recherche se situent exactement en cet endroit : dans l’organisation d’activités dans son laboratoire, c’est-à-dire dans la constitution de liens et de contacts durables entre chercheurs et dans la connaissance du fonctionnement de l’université.
Quoi qu’il en soit, comme on ne peut pas, pour de multiples raisons, être sur le terrain à longueur de temps, ilest bon, tout simplement, d’envoyer des mails. Vous trouverez par exemple, par le biais du catalogue des thèses (dont je vous donne la référence dans le document que je vous enverrai), des doctorants travaillant sur des sujets proches du vôtre ou susceptible de s’intéresser à vos recherches et réciproquement. Par ailleurs la consultation de ce catalogue vous permet de ne pas apprendre à deux mois de la soutenance que quelqu’un a déjà fait exactement la même thèse que vous. J’aurais là-dessus une histoire personnelle à vous raconter, si cela vous intéresse. Il ne faut pas non plus hésiter à contacter des chercheurs, professeurs ou autres, travaillant dans votre domaine. Vous pouvez également contacter des revues, notamment pour leur proposer vos services pour la recension d’ouvrages. J’insiste sur ce dernier point : un bon moyen d’entrer en contact avec un comité de lecture consiste à recenser des ouvrages pour leur revue. Je travaille pour ma part avec la Revue d’histoire des sciences, dont l’une des directrices me propose tous les 3 à 6 mois des ouvrages que la revue reçoit, dont je dois proposer un compte-rendu succinct. Toutes les revues scientifiques ou presque disposent d’une rubrique recension d’ouvrages, vous pourrez donc aisément trouver la vôtre. C’est un bon moyen d’entamer une collaboration et d’avoir quelques premières publications.
Au fond, et je vais finir la deuxième partie de mon propos là-dessus, le travail de thèse proprement dit ne constitue que l’un des aspects du travail de doctorat. Depuis le début de mon intervention, je parle souvent des trois, quatre, cinq années de la thèse : il faut en effet savoir que si les financements s’échelonnent généralement sur 3 ans, la réalité de la durée d’une thèse, surtout en sciences humaines, va de 4 à 6 ans. Il faut occuper ces années de manière utile, stratégique et efficace. On vous demande en fait d’être à la fois multitâche et de ne pas vous éparpiller. Ceci est une parfaite transition vers la troisième et dernière partie de mon intervention, où je vous propose de revenir sur quelques aspects de ce travail de thèse.
3° travailler en thèse
Les interventions, les papiers :
Il existe en fait au sein du doctorat un triple standard, qui consiste à ce qu’on vous demande plusieurs choses en même temps, qui sont plus ou moins contradictoires en l’état, avec lesquelles il faut jongler, et qu’il faut essayer de rendre compatibles, à savoir : écrire sa thèse, ce qui est quand même le principal ; avoir des interventions et surtout des articles à son actif ; enseigner. 22minutes30
Prenons les choses à l’envers. Le premier standard, c’est l’enseignement. Enseigner n’est pas une obligation, mais avoir des heures d’enseignement en est une pour la constitution d’un dossier de recherche. C’est à la fois requis par le plan de carrière (il faut justifier d’un certain nombre d’heures d’enseignements), et un moyen de subsistance. C’est une situation évidemment très chronophage, premièrement en raison de la préparation des cours et la correction de copies, deuxièmement parce qu’on n’est pas assuré d’avoir un poste près de chez soi, tout ceci compliquant la gestion du temps. Si l’on enseigne dans notre propre domaine ou dans un domaine proche, on peut se servir de la préparation de ses cours pour bosser. Mais c’est très rare. Une année d’enseignement à raison de plusieurs heures par semaine en dernière année de thèse ou après 3 ans de financement est la solution choisie par 60 % des doctorants. Cette solution permet de financer la dernière année de thèse, mais peut également la compliquer à cause de la préparation des cours. Ce n’est donc pas la solution miracle.
Le deuxième standard concerne les communications et les articles. Elodie me disait que vous validiez votre master en écrivant des articles : c’est la meilleure chose qui ait pu vous arriver. Si vous vous êtes déjà promené sur un site comme Calenda, qui recnese des appels à communication, vous savez que lorsqu’une journée d’étude ou un colloque est organisé, un appel à communication ou CFP (call for papers) est lancé, auquel vous pouvez répondre. C’est donc un appel à intervenir sur un thème, auquel vous allez envoyer une proposition de communication, soit un résumé de ce que vous proposez de dire, accompagné d’un ensemble d’informations sur vous. Si vous êtes sélectionné, vous allez intervenir dans ce colloque et pouvoir confronter vos recherches à un public universitaire, rarement très nombreux, et ajouter cette communication à votre CV de recherche. 24 minutes. Beaucoup de colloques, séminaires ou journées d’études sont cependant organisés en interne ou par contact, ce qui nous ramène inéluctablement à la sociabilité du chercheur. Pour les articles, il s’agit plutôt d’une démarche personnelle. Dans la plupart des cas, vous écrivez d’abord un article, que vous envoyez ensuite à des revues scientifiques, qui le valideront ou non. Ces revues sont la plupart du temps disciplinaires, et accueillent des articles différents du moment qu’il s’inscrit dans la ligne éditoriale. Il existe également des appels à contribution pour les articles, les revues annonçant publiquement qu’elles planifient un numéro spécial sur un thème x ou y. Mais d’après mon expérience, on en revient plutôt encore une fois à la sociabilité : ces projets se montent en interne, par contacts. Dans les revues scientifiques, il y a cependant presque toujours une rubrique « varia », qui accueille comme son nom l’indique des articles divers et variés.
Les articles et communications font plus que partie du CV : c’est typiquement le domaine de compétence du chercheur. Il faut cependant faire attention à plusieurs choses.
Premièrement, c’est un travail également chronophage, qui ne pourra pas forcément être au cœur de votre activité pendant la thèse, bien qu’il soit indispensable. Il existe plusieurs tactiques. La première consiste à n’envoyer des propositions que si vous êtes sûr de pouvoir vous resservir de ce que vous avez écrit au sein même de la thèse. Ainsi vous lirez parfois dans un livre ou une thèse publiée que tel chapitre a auparavant fait l’objet d’un article. Ça n’est cependant pas toujours possible, et il faut faire la concession d’écrire sur des sujets périphériques à son travail proprement dit. La deuxième tactique consiste à mettre le paquet en toute fin de thèse, voire durant l’année qui suit la thèse, afin de se constituer un ensemble de publications correct. C’est la tactique de la plupart des doctorants.
Il faut également faire attention au piège de la proposition de communication. Je m’explique. Lorsque vous voyez, sur les listes ou sites dédiés, un appel à communication, vous vous dites : chouette, je pourrais écrire quelque chose ! Or, la chose à ne pas faire, mais alors à ne pas faire du tout, c’est de s’engager à écrire quelque chose sans savoir exactement ce qu’on va dire. Je vous dis cela en connaissance de cause, puisqu’au tout début de ma thèse je me suis laissé prendre à ce piège. J’ai en effet envoyé un projet de communication extrêmement bien ficelé pour un colloque de doctorants qui se tenait quelques mois plus tard. Or ma proposition concernait un aspect plus qu’embryonnaire de mes recherches, dans lequel je me suis finalement complètement empêtrée, ce qui a eu pour conséquence l’annulation pure et simple de ma participation. C’est un échec dont j’ai par contre tiré la conclusion suivante : ne s’engager à écrire sur un sujet que si on l’a déjà entièrement finalisé. Le mieux, au final, est de travailler un aspect de ses recherches, d’en tirer un article ou une communication, et de passer à une autre étape.
L’organisation
Le mot d’ordre est donc, en toute matière : l’organisation. Les trois, quatre ou cinq années de thèse paraissent difficiles à planifier : on a l’impression d’avoir un temps indéfini devant soi, mais au final ça passe très vite. Il est très délicat de déterminer un planning précis sur une si longue période. Un effort dans ce sens est cependant nécessaire, au risque de se perdre. C’est pour cette raison que le projet de thèse, dont je vous parlais au début, est également important pour vous. Il vous permet d’avoir un repère, et vous permet de vous rappeler qu’il fut un temps, vous aviez en tête quelque chose de précis. Une petite technique assez bête mais très efficace que j’ai adoptée consiste à écrire le titre de son sujet de thèse sur un papier, un post-it ou quelque chose qui soit bien en vue lorsque vous travaillez : lorsque vous êtes un peu perdu, ne vous souvenant plus de l’objectif principal, un coup d’œil vous permet de vous recentrer. Vous lisez votre problématique principale : c’est cela que vous devez montrer.
Ce projet formulait également et idéalement des hypothèses, que je soulignais comme étant des hypothèses provisoires. On part en effet tous d’une idée ou de plusieurs idées que la thèse mettra à l’épreuve. Ces idées sont le moteur de la recherche, mais il ne faut pas hésiter à les abandonner ou les modifier si les faits lui résistent. C’est quelque chose que l’on peut d’ailleurs souligner. On a en effet, je pense, un droit absolu à l’hypothèse, et je crois qu’il est également bon de rendre compte de la conduite réelle de la recherche : dire que l’on est parti avec une idée qui s’est révélée inappropriée, fausse ou incorrecte et expliquer pourquoi constitue une très bonne entrée en matière.
Dans les premiers temps, on découvre toutes les possibilités de son sujet, on le fouille dans toutes les directions, on lit énormément. C’est un indispensable travail, comparable au brouillon qu’on vous demandait de travailler avant de passer à la rédaction d’une copie. Il en va exactement de la même manière, sauf que dans notre cas, la phase du brouillon peut durer quelques mois, voire une ou deux années entières. La différence tient aussi essentiellement à ce que la phase de la rédaction n’est pas une simple réécriture « au propre » de ce qui a été fait préalablement. Le travail de rédaction est un travail en soi. Mettons qu’il faut soutenir une thèse entre octobre et décembre : il faut la rendre en été, pour laisser le temps à tous les membres du jury de la lire, il faut donc commencer à la rédiger à la fin de l’année précédente, puisqu’il faut en plus compter le temps de relecture final.
Je ne pourrai pas vraiment vous parler de ce travail de rédaction, parce que j’ai justement prolongé ma thèse d’une année pour entamer sereinement cette étape. Je suis pour l’instant toujours en phase de recherche, et tente d’étoffer au mieux les micro-hypothèses qui permettront à leur tour d’étoffer mes hypothèses principales. Cette hiérarchisation est délicate et dépend des sujets. Il faut cependant conserver deux choses en tête. 29 minutes. Premièrement, vous devez pouvoir résumer ce que vous voulez montrer en peu de mots. Ce sera le rôle de l’introduction, qui exposera, un peu comme un projet de thèse : un problème, auquel répondent une méthode, un corpus et un plan. Deuxièmement, vous ne le montrerez effectivement qu’au terme d’un long travail microscopique, au risque de l’affirmer de manière dogmatique. Il existe donc une indéniable tension entre ces deux faits, autant qu’ils sont structurellement contemporains : vous ne montrerez quelque chose d’intéressant que si vous partez d’hypothèses valides, mais vous n’aurez d’hypothèses valides que si vous les confrontez et les construisez au fil d’un travail minutieux.
La gestion des informations est donc un travail en soi. On se souvient tous que la manière dont on gère les prises de notes est parfois chaotique : feuilles volantes, cahiers qui s‘amoncellent. En thèse, il faut s’imaginer ces difficultés multipliées par à peu près 3000 à 3500. Selon le corpus à partir duquel on travaille, on doit gérer des données, des citations prises en notes, des entretiens retranscrits, mais aussi une foule d’hypothèses plus ou moins rédigées, des morceaux de textes, des références, etc. Il existe des logiciels pour traiter notamment les questionnaires, et en général les données de terrain, sujet sur lequel je ne peux pas vous éclairer, dans la mesure où je travaille exclusivement sur Word. Je peux tout de même vous donner quelque éclairage sur l’organisation d’un corpus de données textuelles.
J’ai, dans le cadre de mes recherches, deux corpus : d’un côté, j’ai un corpus de notes prises sur des textes, dont j’extrais dans un deuxième temps des citations utiles pour ma thèse, et de l’autre, j’ai le corps de mon propos, mes analyses et mes hypothèses. J’avoue avoir mis un temps infini à organiser tout ceci, mais j’ai fini par opter pour une technique, qui vaut ce qu’elle vaut, et qui consiste à numéroter absolument tout ce que je prends en note ou écris. Parce que je ne travaille pas toujours sur écran, j’ai donc en premier lieu une trentaine de carnets, numérotés, dont les paragraphes sont également titrés et numérotés. Le gros de mon travail est en second lieu contenu au sein d’un seul et même document, créé au tout début de mes recherches, c’est-à-dire en 2008, et se présente sous la forme d’une suite de paragraphes titrés de manière explicite et numérotés de façon continue. Selon les problématiques que j’ai dégagées, mon document est séparé en trois parties, au sein desquelles se déroulent, plus ou moins dans l’ordre, les points que je veux signaler ou développer. Le texte n’est pas toujours utilisable, et constitue un véritable brouillon, mais c’est ainsi que s’étoffe le propos.
Numéroter des idées, des paragraphes, des citations, permet premièrement, de manière très pragmatique, de les retrouver : s’il vous manque des notes, vous le saurez immédiatement. Cela permet deuxièmement de situer le moment où elles ont été émises, et ainsi de vous rendre compte de l’évolution de votre propos. Enfin, il existe sous word un système de renvoi intra et inter textuel, qui permet de tisser une trame ou un réseau de problématiques interconnectées. Vous pouvez donc développer un point, sous un certain titre, et renvoyer à la fois vers une citation qui appuie votre propos et deux ou trois autres points. C’est ainsi que se construit une pensée en dehors de toute préméditation.
En la matière, il existe en fait selon moi deux types d’hypothèses : celles qui vous permettent de réfléchir et d’avancer, et celles qui figureront dans votre thèse finale au sein d’un propos finalisé. La distinction entre les deux est difficile à faire, et c’est ici que le soutien et l’écoute de votre directeur ou directrice seront d’une grande aide. Il est important de lui rendre compte de votre avancement, non seulement pour le bon déroulement de vos relations, mais aussi parce qu’il ou elle est le mieux placé pour valider les directions dans lesquelles vous partez, votre argumentation, et surtout vos références. Typiquement, lors d’une rencontre avec mon directeur de recherche, je lui expose mon avancement, les points sur lesquels je souhaite insister, informations qu’il discute, puis valide ou non. Je ne suis pas toujours entièrement son avis, et dois tout de même batailler un peu pour défendre mon projet, qu’il comprend parfois mal. Nous repartons cependant toujours de notre entrevue avec l’objectif que, jusqu’à la prochaine fois, j’aie avancé sur tel ou tel point sur lequel nous nous sommes mis d’accord.
Il est difficile d’avoir une idée par avance du produit final, aussi il est difficile d’avoir l’impression d’avancer. 33 minutes. Ce qu’il faut donc faire, c’est simplement échelonner les objectifs, que l’on aura plus clairement l’impression de remplir. A cela s’ajoute un sentiment d’incomplétude, et de non exhaustivité. Plus la recherche avance, et plus on avance soi-même dans la recherche, plus on a paradoxalement le sentiment de devoir laisser beaucoup d’éléments et de problématiques de coté. C’est frustrant autant que nécessaire. Traiter absolument tous les aspects d’un sujet est de fait une impossibilité empirique, liée au temps et à sa maîtrise, mais constitue aussi la valeur d’un travail de recherche. Ce que j’ai appelé le sentiment d’incomplétude et de non exhaustivité est en fait une sorte de principe. La recherche est en effet un travail essentiellement collectif, qui laisse la possibilité de la collaboration et de la critique.
La thèse n’est pas l’œuvre d’une vie, même si elle occupe quelques années de celle-ci. C’est toujours, au mieux, le meilleur et le maximum que l’on puisse donner en un temps imparti, selon une certaine exigence, et dans un certain cadre. Même si le rapport que l’on peut avoir avec une recherche le plus souvent personnelle force la contribution de l’ego, une thèse reste au final la tentative d’obtention d’un diplôme. La créativité et l’efficacité sont deux mamelles auxquelles on s’abreuve tout autant, même si l’une prend parfois le pas sur l’autre. C’est en tous les cas une expérience personnelle, sociale et intellectuelle particulièrement enrichissante, dont je ne peux cependant pas encore vous assurer être sortie indemne, puisque je suis « encore » en thèse.
En travaillant sur cette intervention je me suis constamment posé la question du statut de mon discours, et de ce que révèle mon discours sur mon propre état d’esprit actuel. Je ne sais pas si j’ai adopté un point de vue pessimiste ou optimiste, réaliste ou fantasmé. Ce dont je me rends compte, en tous les cas, est de vous avoir proposé un discours souvent prescriptif. Cela révèle, je pense, mon inconfort actuel face aux trois dernières années, qui sont très vite passées, et au terme desquelles je n’ai pas forcément fait tout ce que je pouvais ou voulais faire dans le cadre de mes recherches. Je me suis inscrite à la fin 2010, et avec la prolongation demandée, je devrais en principe soutenir à la fin 2014. Ma thèse n’étant pas encore finie, je ne peux pas encore en percevoir le goût amer ; mais je ne sais pas vers quel date butoir me tourner : la date de mon inscription ou celle de ma soutenance.
J’espère en tous les cas vous avoir éclairés sur quelques aspects concrets de la thèse, dont j’ai il est vrai parlé en général, et dont j’ai scotomisé nombre d’aspects. Si vous souhaitez que je revienne sur un point, ou que j’en développe un autre, n’hésitez pas !
